Comment les mammifères développent leur pelage ?
Un nouvel article du laboratoire Milinkovitch‑Tzila, publié dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), montre comment de simples interactions cellulaires peuvent générer la grande variété des dispositions spatiales des follicules pileux chez les mammifères au cours du développement embryonnaire.
L’étude reprend une question classique de la biologie du développement : comment les nouveaux précurseurs de follicules pileux apparaissent‑ils à des positions précises dans la peau en croissance ?
Chez la souris de laboratoire, les nouveaux follicules apparaissent progressivement à des distances régulières de ceux déjà présents. Ce comportement a longtemps été expliqué par une règle dite « expansion‑induction », selon laquelle les follicules existants empêchent la formation de nouveaux follicules à proximité lorsque la peau s’étire. Des données plus récentes suggèrent toutefois que les précurseurs des annexes cutanées (poils, plumes, écailles) émergent à travers des interactions auto‑organisatrices entre les tissus épidermiques et dermiques, correspondant à un système de réaction‑diffusion de type Turing.
Dans cette nouvelle étude, les auteurs démontrent que la chémotaxie – le mouvement dirigé de cellules vers des signaux chimiques – domine ce processus de patterning. À l’aide de simulations numériques, d’analyses mathématiques et de comparaisons avec des données expérimentales, ils montrent : Un modèle basé sur la chémotaxie reproduit parfaitement la règle géométrique observée chez la souris de laboratoire. En appliquant le même cadre au souris épineuse (Acomys dimidiatus), qui présente un motif de follicules pileux très régulier, à longue portée, avec une orientation définie et des anisotropies, le modèle reste valide. Chez cette espèce, le motif n’est pas expliqué par le mécanisme d’expansion‑induction, mais par un modèle de chémotaxie anisotrope couplé à la croissance cutanée anisotrope observée expérimentalement.
Ces résultats indiquent que la chémotaxie constitue un élément majeur du processus auto‑organisé de formation des follicules pileux chez les mammifères. Les auteurs suggèrent que des variations du composant chémotactique du système réaction‑diffusion‑chémotactique pourraient être à l’origine des différences interspécifiques observées dans la disposition des poils, montrant comment des comportements cellulaires simples peuvent donner naissance à des architectures tissulaires complexes et diversifiées.
Lire l’article complet dans PNAS:
Chemotactic self‑organization captures the dynamics of mammalian hair follicle patterning
Ibrahimi, Jahanbakhsh, Tzika & Milinkovitch
PNAS 123 (27): e2530407123, 2026. DOI : https://doi.org/10.1073/pnas.2530407123